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Un jour chez... Marc Dieschbourg 17/06/2009

Marc Dieschbourg, architecte,  en douze questions
 
- Pourquoi l’architecture ?
- Lorsque j’étais en avant-dernière année, au lycée, il y avait un projet d’architecture. Comme je n’avais alors pas trop la tête à étudier, je me suis, disons, un peu attardé sur cette année. Et le projet d’architecture m’a tellement plu que c’est ça que j’ai choisi. Alors que, dans ma famille, on me destinait plutôt à l’informatique. Et surtout, l’architecture est un métier qui touche à tout. L’un des derniers métiers généralistes. Du coup, on y est confronté à des difficultés, mais aussi à bien des défis à relever. Et il faut aussi être sociologue, psychologue, urbaniste, technicien, capable de réaliser des montages financiers, et je vous en passe. A chaque projet, tout recommence et est différent.
 
- Un métier de contact ?
- Oui. Il y a la diversité de tâches, mais aussi la diversité de contacts. Le client est primordial, il est la plaque tournante du projet. Parfois, d’ailleurs, je me fais l’avocat du diable pour voir si la demande du client vient vraiment du plus profond de lui et n’est pas le résultat d’influences. Parce que, le plus important, c’est que, à la fin, le client dise « le costume me va ». Finalement, je suis comme un couturier de village. Je peux aussi faire de la haute couture, mais je n’ai pas la prétention de ne faire que des vêtements stylés. Parce que, au bilan, ce qui compte, dans un projet d’architecture, c’est le quotidien. Que ceux qui occuperont les lieux s’y sentent bien au quotidien. Pour cela, il faut écouter. C’est essentiel et cette capacité d’écoute fait défaut, aujourd’hui, dans notre société. Moi, je passe 4 à 5 heures avec mes clients, au premier rendez-vous. Chez eux, car ça permet de mieux les cerner. J’écoute et je griffonne. Puis je mets des m2 derrière les fonctions. Et 9 projets sur 10 sont acceptés tels quels.
 
- Vos critères de recrutement ?
- Le critère essentiel,  c’est que la personnalité du candidat ou de la candidate me convienne à moi et à l’équipe. Que cette personne aie encore des choses à apprendre n’est pas un problème. Mais l’ouverture d’esprit et la capacité d’intégration dans un travail d’équipe sont impératives.
 
- Cela s’exprime-t-il dans la vie du bureau ?
- Oh oui ! Dialogue, écoute, contact social : toute cette approche prévaut ici. Nous sommes comme une petite famille. Vous en voulez un symbole ? Le voilà : chaque vendredi, c’est l’un de nous qui cuisine, moi compris, je le souligne. Une partie de la prime de fin d’année est même liée à… la qualité de la cuisine ! Chaque année, aussi, nous faisons ensemble un voyage autour d’un thème architectural. Nous avons ainsi par exemple été à New York, à Marrakech, en Suisse, etc. 
 
- Un engagement ?
- Si la diversité peut apporter de la valeur sociale en plus, que je puisse aider autrui, cela m’apporte quelque chose. C’est aussi pour ça que j’ai beaucoup de projets à caractère social, entre autres pour les personnes handicapées. Et je n’hésite pas à avoir des honoraires limités pour les gens qui ont peu de moyens. J’estime que eux ont droit, comme tout un chacun, à une architecture de qualité. Nous avons la chance de pouvoir bien vivre, ici au Luxembourg, et je me dois de pouvoir faire quelque chose en retour.
 
 
- Le projet qui vous a le plus marqué ?
- Celui de l’école de Roodt-sur-Syre, une construction aux bâtiments à la fois à énergie passive et à basse énergie (hall sportif), pour un budget de 30 millions d’euros. J’ai remporté ce projet sur concours restreint. Mais, surtout, il est 100% écologique et a été marqué par une très forte implication des parents et même des enfants, un dialogue constant avec eux et tous les interlocuteurs. Ce contact très proche a permis un projet original, pensé pour et quasi avec les enfants. Le résultat est parfois surprenant, avec par exemple la cour de récréation, d’un concept tout à fait particulier, où les enfants sont un peu comme dans une forêt. Cette cour a été réalisée ensemble avec les élèves, les parents, les enseignants, un architecte paysager et moi, au cours de journées d’action particulièrement dynamiques et créatives.
 
- Le Luxembourg, plutôt traditionnel ou ouvert, en architecture ?
- Tout dépend très fort de pour qui l’on travaille. Personnellement, je ne me situe dans aucun courant ou aucune mode. Pour les clients privés, je privilégie une architecture moderne mais sans outrance. Car l’architecture doit rester intemporelle et la fonctionnalité ne peut être suspecte d’être influencée par un effet de mode. Ce qui compte donc dans un projet, c’est qu’il fonctionne bien. Mais j’aime bien de mettre en valeur l’ancien en le combinant à certains éléments résolument modernes. J’aime ce dialogue entre l’ancien et le moderne. Ce qui est ennuyeux, c’est ce qui n’est ni l’un, ni l’autre. 
 
- Vos hobbies ?
- J’en ai beaucoup. Mais je travaille ici 60 à 70 heures par semaine, alors… Je voudrais pouvoir plus m’y adonner. Comme je vous l’ai dit, il y a la cuisine, qui me relaxe ; après avoir mijoté mes petits plats, je suis doux comme un ange. J’aime aussi la voile et les voyages. Et je suis un skieur extrême. J’adore la randonnée et je tente de m’y consacrer un mois à un mois et demi par an. Pour mes 50 ans,, je prépare un projet où je voudrais exprimer mes passions. Je veux faire, en un an, du ski extrême sur tous les continents et si possible tout en hors piste. En logeant chez l’habitant, en essayant de faire découvrir notre cuisine, en cherchant le dialogue. 
 
- Vos sources d’inspiration ?
- Il y a bien des endroits qui inspirent. Les parcourir et les regarder permet déjà de se faire une idée succinte du projet à venir. C’est que je j’appelle l’intention du lieu.
 
- Les villes ou monuments qui vous marquent ?
- Les villes imprégnées d’histoire, mais avec beaucoup de charme. Donc Rome, bien sûr, qui n’est pas facile à découvrir et est toujours à redécouvrir. Ou encore Sienne, pour son ambiance que je préfère à celle de Florence. Pour ne citer que cela, bien sûr.
 
- Et si je vous dis « loft » ?
- Je vous réponds grands espaces, liberté, flexibilité, modularité. 
 
- Une devise ?
- Toujours affronter les problèmes, pour en tirer le meilleur. 
 
 
pour loft.lu:
Propos recueillis par Marc Vandermeir
Photos Etienne Delorme