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Faire revivre la ville avec harmonie 08/04/2010

La Ville de Luxembourg, soutenue par l’Etat, a lancé plusieurs énormes projets pour retrouver la qualité de vie en ville après les dégâts du tout à l’auto. Aperçu.
 
La capitale luxembourgeoise n’a hélas aucun complexe à avoir – toutes proportions gardées, bien sûr – en ce qui concerne les bouchons et la saturation automobile. Et la situation ne cesse de s’empirer. Sans que rien puisse être fait pour améliorer le trafic des voitures puisque, pour prendre une image, faire entrer et sortir de la ville, chaque jour, autant de voitures (le plus souvent occupées par une seule personne), c’est comme vouloir à tout prix faire rentrer 33 cl de bière dans un verre de 25 cl. Mission désespérée, donc, sauf à travailler la complémentarité des modes de transports et rendre à la cité sa mixité de fonctions. Our ce dernier point entre autres en arrêtant l’hémorragie de logements devenus bureaux.
 
Un choix que la Ville de Luxembourg a en fait effectué depuis déjà plusieurs années, en lançant plusieurs très grands projets d’aménagement urbain qui ont pour caractéristique commune de rendre toute la place qui leur revient aux transports publics, en ciblant la qualité et l’efficacité. Mais de tels projets s’étalent forcément sur de très nombreuses années, et aucun n’est encore concrètement lancé, loin de là, sauf l’un ou l’autre balbutiement. En attendant, les autorités font ce qu’elles peuvent pour limiter la casse. Petit tour – non exhaustif – de ces projets qui donneront à Luxembourg-Ville un tout autre visage.
 
Le plus frappant, au cœur de la cité, sera sans aucun doute le réaménagement de la gare centrale – où 40.000 personnes transitent chaque jour - et de tout son quartier. Bien plus qu’un réaménagement, en fait. Avec un choix délibéré de qualité de vie.
Des rails qui seront recouvert par une toiture devenue, en surface, un énorme espace vert. Et qui reliera entre eux les différents quartiers, jusqu’ici séparés par la cassure due aux voies ferrées. Avec, tout autour, une mixité de fonctions pour garantir l’animation. Et, au centre, une gare moderne et multifonctions, très lumineuse et avac un petit air d’aéroport.
 
 L’arrivée du train à grande vitesse (TGV) – et, aujourd’hui, la priorité à rendre aux transports publics, du fait de la crise énergétique et des objectifs de développement durable – a bouleversé la donne de tous les quartiers de gare, souvent très décrépis.Car, partout, l’arrivée du TGV s’est accompagnée soit de la rénovation de haut niveau des gares d’arrêt, soit de la construction de nouvelles gares d’architecture très contemporaine, voire futuriste, et multifonctionnelles.Une vie nouvelle s’est ainsi dessinée pour ces quartiers tous marqués par une nette reprise de la demande en bureaux, logement et commerces. 
La ville de Luxembourg n’a pas échappé à cette tendance, et dont les édiles cherchaient déjà comment rendre vie à ce périmètre essentiel à la vie de la ville. Le projet « Luxembourg Central », qui a donné lieu à un concours d’architecture et d’urbanisme, est maintenant sur les rails. Si tout va bien, les premiers coups de pelle devraient être donnés cette année, avec des travaux qui s’étendront par phase jusqu’en 2020.
 
 
Ce projet est en interaction directe avec d’autres, et surtout à celui dédié à la Porte de Hollerich et à la (future) gare de Cessange. Là, c’est un nouveau quartier qui va voir le jour, qui n’aura plus rien à voir avec le « tout à l’auto » qu’il est aujourd’hui. Avec trois idées maîtresses : le développement durable, la qualité de vie en ville et la liaison harmonieuse avec le reste de la cité. Là encore, le projet est passé par un concours d’architecture et d’urbanisme. 
Le principe retenu a été de faire du lieu une zone multimodale et urbanisée. Avec une idée forte : la vallée de la Pétrusse est l’identité de la ville, notre tour Eiffel à nous ; il s’agit de prolonger cette identité vers la périphérie. L’autoroute qui mène à la porte de Hollerich va ainsi devenir un boulevard urbain pour une entrée douce en ville. L’ensemble de ce nouveau quartier de 120 hectares et 700.000 m2 de surfaces constructibles sera marqué par une très forte mixité des fonctions (crèches, logement, loisirs, commerces, hôtels, bureaux). L’ancien centre du quartier de Hollerich, constitué par l’église, le presbytère, le cimetière, les ruisseaux de Merl et de Cessange sera rétabli. Des espaces verts  généreux répondront aux besoins de loisirs et l’habitat, lui, sera réparti en îlots. La nouvelle gare n’accueillera pas seulement le train, mais aussi le tram et le bus, pour des relations parfaites avec l’ensemble de la ville. Elle sera aussi la gare d’arrivée du TGV Est et des trains en provenance de Bruxelles, faisant de la sorte la relation entre les trois capitales européennes. Et, bien sûr, Paris.
 
Voilà pour les deux principaux projets urbanistiques.
 
Mais ce serait une grave erreur, côté transport public, de ne pas citer, pour mémoire, les futurs retour du tram en ville et la ligne de chemin de fer reliant la gare centrale à l’aéroport.
 
Le retour à la qualité de vie en ville, faire harmonieusement revivre la ville sur elle-même en privilégiant aussi les transports publics et la mixité sociale est au prix de tels projets, tant les dégâts du tout à l’auto et la recherche du « chez soi » en périphérie avec maison quatre façades et jardin sont énormes.
 
 
 
Marc Vandermeir
Copyright Entreprises Magazine mars-avril 2010
Photos: Ville de Luxembourg©JSWD Architekten+Planer, Atelier d’architecture Chaix & Morel et associés