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Tun Frieders en 14 questions 15/10/2014

Récemment, la rédaction de loft.lu a eu le plaisir de rencontrer le cabinet d'architecte TETRA KAYSER, Monsieur Tun Frieders nous a reçu.

1. Votre premier souvenir d’architecture ?
J’étais en voyage à Barcelone avec mes parents. Je devais avoir à peine dix ans et je me souviens avoir trouvé cette ville cohérente et moderne. J’étais fasciné!
 
2. Le tout début dans ce métier?
C’était déjà dans ce bureau (Tetra) à l’âge de seize ans. J’étais en stage avant de passer mon bac au lycée classique des garçons. Je souhaitais m’informer sur le côté pratique du métier. C’était encore l’époque où il fallait dessiner à l’encre. Je suis ensuite parti à Zurich pour faire mes études d’architecture. Toutes les esquisses se faisaient encore à la main sur des tables à dessin.
 
3. Vous avez pris votre temps avant de vous stabiliser professionnellement?
Après mes études, je suis parti à Paris où j’ai travaillé dans le bureau de Jean-Pierre Buffi. J’ai fait ensuite deux semestres libres de conception à Zurich afin de suivre les cours qui m’intéressaient vraiment. Puis j’ai voyagé à travers l’Asie durant plusieurs mois.
 
4. Le voyage, une source d’inspiration?
Absolument. Lors de mon périple asiatique, je me suis beaucoup inspiré des ambiances, des agencements des constructions et des matériaux utilisés. Prendre un peu de distance avec la normalité  me fait encore aujourd’hui beaucoup de bien, même si je n’ai plus l’occasion de partir aussi souvent et aussi longtemps.
 
5. Votre tout premier projet Tetra?
C’était un concours que nous avions gagné en 2005.  Le projet était un véritable défi avec de nombreuses contraintes. La parcelle était restreinte, le programme chargé. Il fallait prolonger l’espace intérieur et travailler en coupe. On m’a laissé m’exprimer. Cela m’a plu et j’ai finalement décidé de rester au sein du bureau.
 
6. Avez-vous des modèles ?
Beaucoup et personne en particulier. Mais si je devais en citer deux, ce serait Mies van der Rohe et Rem Koolhass. Je pourrais également citer sans hésiter Tetra qui était déjà une référence de modernité dans les années 60-70. Il suffit de jeter un œil au lycée technique du Limpertsberg pour s’en convaincre.
 
7. Votre style ?
Je ne parlerai pas de style mais plutôt d’une manière de travailler comme je l’ai apprise lors de mes études en Suisse, dans une école d’architecture moderne où la fonction donne la forme. On analyse un programme, on essaie de le comprendre et à partir de là, on crée.
 

8. Travailler avec d’autres collègues, est-ce une contrainte ou au contraire une émulation?
Ici, l’égo n’a pas sa place. Ce qui importe, c’est le projet et son envergure, le fait de surmonter ses contraintes et d’être à la hauteur des défis qui se présentent à vous. Il faut être capable de travailler de concert, en équipe, afin de mettre tout en musique pour que tout fonctionne dans le temps. Je trouve toujours plaisant de travailler avec d’autres collègues car on apprend toujours des autres.
 
9. Parlez-moi du projet Royal-Hamilius
Tout a commencé fin 2009/2010. Un appel à candidature en deux temps. Un travail en équipe avec Foster+partners. Nous avons été retenus pour la seconde phase du projet. S’en sont suivies de nombreuses réunions et discussions au sujet du programme, de l’agencement, de l’échelle et des espaces publics.
 
10. Quel était le défi majeur de ce projet ?
Nous voulions qu’il reste à l’échelle de la ville avec un maximum d’espaces publics tout autour pour donner de la vie à l’ensemble. De nombreux acteurs étaient impliqués sur ce projet et c’était là tout le défi sans oublier le fait que l’on a rarement la chance de travailler en plein cœur du centre-ville.

11. Qu’en est-il des futurs délais?
Les travaux démarreront cet automne et s’achèveront dans trois/quatre ans.
 
12. Les projets plus modestes vous donnent-ils autant de cœur à l’ouvrage?
Ils m’apportent en tout cas autant de satisfaction. Lorsque nous avons gagné le concours d’un logement social au Limpertsberg, rue de l’Avenir, nous avons travaillé de concert avec les promoteurs. Il fallait un apport maximal de lumière naturelle, optimiser la place disponible, des espaces faciles à l’entretien, le tout à un prix concurrentiel. Un défi plutôt agréable à relever.
 
13. Votre ambition pour l’avenir?
Je souhaiterais dans le futur approfondir la question du logement individuel. J’apprécie cette échelle car on est au plus près des gens.
 
14. Le Luxembourg de demain sera-t-il le Hong-Kong d’aujourd’hui ?
Je ne pense pas même s’il faut s’attendre à avoir davantage d’immeubles en hauteur tout en limitant l’impact sur le terrain et les espaces verts.  Les ressources sont ici limitées et le prix du mètre carré est devenu prohibitif.  Pour compenser la perte d’espaces individuels des maisons unifamiliales, les pouvoirs publics devront aménager des espaces publics et récréatifs afin de donner aux familles une qualité de vie espérée de tous.  

Propos recueillis par Cédric Evrard