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Tatiana Fabeck: créer une architecture durable 01/12/2020

Son franc sourire dévoile un dynamisme à couper le souffle. Baignée dans le monde artistique depuis sa tendre enfance, Tatiana Fabeck s’est construit un véritable havre de création dans une ancienne caserne de pompiers entièrement rénovée. Captivante, l’architecte se livre à cœur ouvert, avec passion.

Fille du renommé Fernand Fabeck, la fibre artistique ancrée dans l’ADN, elle a toujours su qu’elle étudierait l’art. « L’architecture était pour moi ce qui orchestrait l’art de construire et le lien social, deux choses qui me sont essentielles au quotidien » et de citer dans la foulée, l’histoire de l’art, le graphisme et le design. Un ensemble de disciplines lui permettant de s’épanouir et de rayonner durant sa formation à l’Ecole Spéciale Architecture de Paris.

Sur les bancs de l’école ses professeurs lui apprennent ce qu’elle considère comme le plus important : l’esprit critique. Elle apprend rapidement à observer avec attention les choses, à faire des choix réfléchis basés sur des critiques constructives. En sortant de cours, Tatiana déambule dans les rues de Paris, un terrain d’apprentissage très riche et s’enivre de conférences d’architectes à la réputation internationale, notamment à l’Institut Français d’Architecture, des expositions au Centre Pompidou en encore des midis du Louvre. Eprise de tout cet apprentissage, associé à six mois d’études aux Etats-Unis à l’University of Milwaukee-Wisconsin, elle obtient son diplôme couronné du ‘’prix du meilleur diplôme’’, une récompense méritée pour la jeune architecte tout juste âgée de 25 ans. Son projet ‘’Art Station, la gare pour l’art et l’art pour la gare’’, relayée par la presse portait sur la réhabilitation du site de la gare en un centre d’art contemporain. Ce n’est qu’après deux années chez Cuno Brullmann architecte à Paris qu’elle rentre au Luxembourg : « après avoir remporté un très gros concours, j’ai saisi l’opportunité de rentrer au Luxembourg car ma place est et a toujours été au Luxembourg ».

Une histoire à couper le souffle
Son premier projet sous le nom de Tatiana Fabeck Architecte est une maison unifamiliale pour un philosophe et une professeure de français qui souffle ses 20 ans cette année. De fil en aiguilles, de concours en concours le bureau s’est agrandi et son père, fidèle soutient, lui laisse une très grande autonomie. Ils sont désormais une équipe de 27 à faire des merveilles dans l’atelier d’architecture Fabeck Architectes. « En 2000, j’ai pu acquérir un bien classé monument historique jouxté d’une ancienne caserne de pompiers » raconte-t-elle. Après deux transformations reprenant les codes et l’identité d’une architecture rurale, notamment avec le lattage de bois couvrant la totalité du volume, le bâtiment s’inscrit parfaitement dans le site historique caractérisé par le château de Koerich. L’intérieur quant à lui est un mélange d’acier et de bois, de l’industriel, en somme.
Pour la pérennisation des projets
 « Il y a des projets qui marquent et qui restent telle la Madelaine de Proust » dit-elle avec conviction. Il s’agit de ceux où il existe une parfaite entente avec le maître d’ouvrage mais surtout ceux qui vivent au-delà du temps. Car l’architecture traite à la fois l’espace bâti mais également le non-bâti. Aussi fait-elle référence à sa crainte, « comment l’architecture peut-elle être aussi éphémère ? » soulève-t-elle. Et de continuer « On pense qu’on construire pour des centaines d’années mais les projets disparaissent pour des structures plus élevées ou par des tragédies comme les tours de New York». Pour autant, Fabeck Architectes rebondit toujours.

L’art de s’inscrire dans la postérité
Exit les tendances en vogue du moment, la ligne directrice de Fabeck Architectes est de créer des projets durables tel le bâtiment entièrement vitré Natixis Banque Populaire à Kirchberg-Luxembourg. « 20 ans après, il n’a pas pris une ride. La technicité évolue mais je pourrais vous montrer tous nos projets sans devoir en cacher l’un ou l’autre parce qu’il est passé de mode. Je crois que c’est ça qui est important », dit-elle avec fierté.

Concernant les codes couleurs, le cœur de Tatiana vibre pour la sobriété du noir sans pour autant exclure les autres. Chaque projet se définit par le contexte géographique, les contraintes urbanistiques, le programme d’un maître d’ouvrage et l’utilisation rationnelle de matériaux. Citons la chaux, l’acier et le bois qui sont naturels plutôt que le placoplâtre : « j’aime le vrai, ce qu’on peut toucher, sentir et ce, même olfactivement. Il y a beaucoup de choses qui touchent nos sens sans qu’on se rende compte et ça nous met à l’aise ». Une architecture réelle qui traverse le temps, en somme.
Crédit photo:Patricia Pitsch